L'embrasement des lueurs

immo

Aux peurs labyrinthiques,
A l’inclémence des nuits,
Aux pensées qui y dissonent sans un bruit,
Aux doigts ardents à leur donner vie,
A l’esquif charnel et sa sainte acribie,
Aux mots si précis qu’ils envahissent..
A la grâce qu’ils nous font subir,
Ce moment fuyant, fluant, ataraxique,
Ces phonèmes tutélaires,
Drossés par l’intime vers l’émotion..

Cette lueur fut un précipice, pétulante, pétillante, elle exhorta à la fuite. Je me souviens intensément du premier émoi provoqué par son apparition. Je parcourai alors un livre dans le silence édénique de ma chambre. Les premières lignes, moins obséquieuses qu’à l’accoutumée, furent le premier signe. Je m’attachai jusqu’à cet instant, récréation fort commune, à observer les mots qui m’offraient un aimable défilé. Une entrevue récidivante, policée, monotone et toute relativement studieuse. C’était, et je ne le ressenti qu’après, loin d’être la visée poursuivie par l’auteur. Par le jeu d’une subtile et terrible mécanique, ses mots drapaient ses phrases d’un saisissement liminaire confus. Le sens qu’ils promenaient s’atténuait irrémissiblement pour laisser transparaître une petite musique. Un interstice, un abouchement permis par la fissuration de l’épais cuir du mot procurant l’appréciation de la matière engluée, grenue, d’un univers subjacent.

Les pages sont depuis lors devenues croulières, je compulse convulsivement leurs mots en y cherchant la brèche pour m’y laisser choir de tout le poids immensurable de mon plaisir. Les mots forment alors des amas d’extases dont mon corps discerne avec peine les limites. Plus aucun mot ou écueil stylistique ne devait faire barrage au pur et véritable délice. Je reconnus un rôle à chaque mot pour exprimer une odeur, une douleur, une sensation et toute réalité.
Jusqu’à prétendre les entendre dans leur plus inflexible mutisme. Chaque observation ne pouvait plus se départir de leur précision, les ressentant fouir dans l’ordre intime que j’avais instauré. La mécanique n’est pas exempte d’impairs, de facilités, de truismes ou même d’insipidités, seulement, elle s’ébat et s’affine dans l’embrasement des lueurs..

Je ne lus plus les mots, je cédai à leur rumeur.
J’écris depuis lors en perçant la matière.
Grandiloquence ? Je ne suis qu’un cicérone dans leur magnifique gluance..

jeremy
01/11/2018
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