Didine

“Là. T’entends ?. oh ! écoute ! au loin.. ça vient..”, tarabusté plaqué collé pourvu de la pire des tremblotes.. Bien sûr que je savais.. c’était prévu, fignolé, tracé.. solde pour tout compte ! Lui ? l’avait plus qu’à attendre. Pilori ! Pilori ! que les échos ils disaient.. et la poutrelle tournait.. dans une rumeur baveuse persifleuse, bouches saturées.. de la mouscaille ! un grouillement agglutiné, plus de place ! je les voyais, moi s’empresser, se hisser, crétins chiens vers les places sérieuses.. pas au loin, pas que les cris, les postillons de surcroît ! de merde, de sang, de peur, d’urètre percé avachi, tous ! qu’on voulait de l’abondance.. du jus de gredin ! qu’on partirait pas sans ! jamais ! suffusion par litres ! vomissure cathartique ! c’était entendu.. mis au parfum la veille, j’avais pas pu partager.. le frérot devait pas savoir des choses comme ça. ” A l’aube, y’a le père Aubard qui paiera ! fallait pas toucher à Didine, fallait pas. Jamais” Un forfait qu’on avait pas l’habitude ! la petite Didine.. deux rues à droite une à gauche, c’est dire si je l’avais souvent vue. la bise même deux trois fois ! grâce, généreuse, débonnaire, qu’allait rendre visite aux poitrinaires. rendre de menus services, deviser.. toujours avec le sourire. Ca donne la vie, le sourire. l’orgasme débute dans un sourire.. pis finit dans la grimace. le temps de faire fonctionner la petite pompe à vie.. qui s’enclenche et file dans un dédale gigantesque.. mais au début début, c’est le sourire. La Didine, fallait la voir, rassurer des mouroirs entiers, rien qu’avec sa joie.
La père Aubard, c’était pas des décennies qu’il avait atterri dans la ville. Un an, presque jour pour jour. Pour d’obscures raisons, l’ancien avait décampé.. une lettre, une nuit, ouste ! l’église ? béante, les portes gueulantes, claquantes. Et avec tout ça, pas l’ombre d’une rumeur. Une ville sans ses rumeurs, c’est qu’une ruine, tas de gravas.. c’est louche, captieux.. un cadavre sans miasmes.. et le père, il aimait pas ça. Il l’a cherchée sa rumeur, fallait le voir pour y croire. Bar lupanar mairie poste épicerie savetier..labourés ! aucun mot lui a échappé. Tous les soirs, y revenait, haletant pas fier bougonneur.. que j’avais fini par lui en fabriquer, moi, de ces satanées rumeurs. Le facteur, le maître et même le maire.. que je les avais apostrophés, ni une ni deux, et que j’avais canardé la sauce… ” Il a plus la foi le petit vieux ! à force de confessions, il a flanché ! des roberts partout qu’il a fini par voir, à en perdre la tête. Petits, pendants, gros dodus, partout partout ! que la sueur en finissait plus.. des salves d’éréthisme, voilà tout ! qu’il pouvait plus se tenir, se contenir, qu’il se cachait sous l’autel, s’agitait le poireau, vite vite ! si ! je l’avais vu une fois ! satanique ! méphistophélique ! prônes et décalogue étouffés ! prurit dans le slip ! le père dissolu infernal branleur, pas autrement qu’on devrait l’appeler ! mais ces pétarades du gland ont fait trop de bruit.. que là-haut, ça en devenait sûrement assourdissant.. Qu’on avait décrété qu’il fallait le cacher l’enfouir et puis dare-dare !” En réponse, y faisaient une trombine drôlette.. plus de nerfs sur le visage.. tout raplapla, pâlichon.. comme si que le crâne voulait plus de sa chair, de sa peau.. qu’il les poussait, à bout de force, loin.. loin.. j’étais bien remercié de la confession, je pouvais disposer, m’envoler. Mais eux, sur le cul ! décrochant pas une émotion, un mot, un geste. Cimentés, rien que ça. Il a pas fallu une heure, je dis bien une heure, pour que mon père débarque et nous étale de partout une ire bien dégueulasse. Qu’il l’avait jamais senti.. Mais pour pas perdre pied, revenir dans la merde.. ce matin, c’était l’agonie la haine, des bien capiteuses, qu’on fait valser le vers dans un bien beau délirium.. bien repus, en petites processions savamment orchestrées, ils fileront.. où ? au prochain pilori pardi ! sentencieusement, s’impatientant pendant que l’homme il bousillera du curé, à la rappe ! tout bousillé, haché, aphérèses, en quartier, monceau de miettes, tertre d’arsouilles ! à présent, fallait tout nettoyer, lustrer, impeccable, le jour se lève, faudrait pas choquer, la nuit l’immonde est constellé, dérange pas vraiment.. mais le jour au chiot les affiquets, nu, le cloaque, la chair puante rabroue tout, yeux, moral, nez, fini Morphée !, coruscante.. ! les mouches, les miasmes, qu’on pouvait plus un peu affabuler, réel, chiure.. le père bien tué, sous les yeux de tous ses fils.. parricide, mais sous l’égide de la justice ! Elle montre bien l’exemple.. le prix d’une carcasse, l’âme au prix de la patate..
On a pas dit un mot, on est reparti. Et le soir, la nouvelle est tombée, que Louis et moi on a entendu le père chuchoter.. dans la journée, dix rues à côté, Louise, dépecée, violée, remugle dans tout le quartier. Le père, peut-être pas si coupable, mais vermoulu ! crouni de partout ! Mon père, c’était niet, que Didine a disparu dans l’église.. le Père.. empiffré de pétasse, qu’il allait s’enfuir ! apanage du scélérat ! on pouvait pas s’être trompé, la justice avait tranché, banggg ! pas de doute possible. Mais c’était le timbre de ceux qui hurlent leur silence, je savais moi, que c’était qu’une certitude de façade, que ça fleurait la palinodie. Du peu que je m’en rappelle, la ville s’est emmurée, volets cadenassés, la bamboche de voisine, dans la cave, à trembloter, ses enfants tout autour, à rien comprendre, qu’à regarder.. Les béatilles faisandés, jetées, qu’on voulait plus voir cette saloperie, que les hommes voulait rester en petit comité.. loin des délires célestes.. Que c’était pas humain, non, que ça pouvait que venir du tout petit puissant. L’église ? Je tiens pas à vous horrifier.. les derniers tenants, tout perclus de blanchis.. qu’ils avaient le net conseil pour pas finir défoliation de se tenir à l’écart, d’enfermer le cloaque gâcheux de leurs sales paroles. Que même leur souffle invisquait l’atmosphère, et leurs prières.. que le contact devait être rompu, que Dieu devait plus rien savoir, plus rien voir.
Vous savez.. je suis pas de ceux qui prennent parti, juste le paillot miséreux accumulateur d’échecs, alors, croyez pas que je trémousse à l’idée de vous extraire ces légers souvenirs.. La ville avait englouti ses derniers signes de vie.. le maire avait décrété le total couvre-feu, les victuailles allaient pas tenir, plutôt verdir, et que c’étaient plus les loups qui hurlent le soir, plutôt un semblant de mille râles.. Les denrées ont fini par pleuvoir, pis quelques agrément, le soir, par camions entiers.. les autorités, qui nous avaient pris en pitié.. fallait les voir.. toujours la même heure, juste avant l’agonie finale, quand les râles touchaient du souffle le paroxysme, ça grondait, fumait, par petits paquets d’espoir, à vive allure, toutes les rues, le frérot et moi, on les raillait un peu, puis plus du tout.. comprenez, les volets s’ouvraient, les derniers rais d’un soleil honni plus que béni engouffraient alors nos petits visages.. une fois par jour, une fois ! pas plus, rien. Merde. C’était alors à celui qui se dévisage le plus, s’ouvre les veines avec la plus belle diligence, fallait séduire la pitié, qu’on était alors servi en quantité.. Papa et moi, on avait la petite expérience, l’astuce facile, mais qui faisait mouche.. voyez bien la scène, hésitez pas à entendre les râles, qu’à travers eux, c’était un obstacle bien compliqué à éluder.. on sentait le moment, sibilations confuses, remous odieux, la ville s’émerveille.. c’était le moment, les camions au loin.. on s’époumonait, bisous baveux, promesses graisseuses, le père allait quitter la tanière.. rejoindre à fond de train le fameux arbre, le nôtre, ultimes conjurations, et nouer autour de sa maigre gorge notre fameuse corde.. l’astuce, je vous dis.. qu’on avait tout planifié, stratégie, calculs, qu’il devait tenir la minute, pas plus.. une bouffée.. et la corde s’activait, se tendait l’envoyait quelques instants à mille pieds dans l’air.. Toujours, je précise pour les médisants, sans une seule petite minuscule infinitésimale exception, toujours un camion s’autorisait à quitter le cortège.. qu’un corps dans une cave, c’est un scandale étouffé, mais qu’ils aillent pas parsemer les rues, que le monde devait pas savoir, que la psychose allait pas jusque-là.. Deux, trois même quatre parfois, furtifs je dois l’avouer, coupaient la corde et portaient mon père, le déposaient dans le salon, craintifs à l’extrême.. sur leurs gardes, à se tourner, se retourner, chuchoter.. que le frérot et moi attendions le moment, mon père, somniloque, finissait par les effrayer.. sursaut, le bruit sourd, les pas précipités, sans se retourner, droit devant.. pas rhizophages, comprenez que seul le résultat comptait.. on découvrait toujours à côté de son corps, plusieurs sacs, conséquence de leur contrition.. inutile de vous dire que notre tanière ne souffrait pas de manques, et que les repas étaient copieux, garnis, qu’on aurait pu inviter le clampin, si une âme esseulée s’était risquée à entrer dans notre ville..

jeremy
2009